La proprioception des émotions

Ce n’est pas la première fois que je remarque des correspondances entre le corps et l’esprit. De plus en plus, je remarque que je peux tout à fait décliner des concepts utilisés pour augmenter la performance ou la maîtrise du corps pour les appliquer à mon esprit. C’est ce que je voulais faire aujourd’hui avec la proprioception en essayant de transposer ce concept au domaine des émotions. J’ai choisi de l’illustrer avec un enchaînement de mouvements pour justement souligner la similarité de la plasticité corporelle et intellectuelle.

La proprioception c’est la conscience de ses propres sensations. Pour moi, ça signifie avoir conscience de son corps et de ce qui le compose. Sur internet j’ai trouvé une définition selon laquelle c’est un genre de GPS interne au corps qui permet de savoir exactement ce qu’on fait. L’exemple qui revenait souvent était de pouvoir toucher son nez les yeux fermés. C’est aussi savoir quels muscles mobiliser pour lever le bras ou monter la jambe. Rémy le super prof de danse parle souvent de ce concept.

Et l’autre jour je me suis dit, si j’utilisais ce concept pour mes émotions. De la même façon que j’arrive à contrôler mon corps, je pourrais arriver à les contrôler. Ou plus exactement à ne pas me laisser entraîner sans perdre le contrôle.

Comme pour le corps que l’on commence par découvrir, il faut commencer par connaître ses émotions. Ça demande un peu de temps peut-être et certainement un peu de recul. C’est comme se voir d’en dehors. Pour donner un exemple concret, ce qui m’arrive le plus souvent c’est de me sentir frustrée par ce que je n’arrive pas à faire ce que je veux ou même parce que mes enfants me font tourner en bourrique. Ça arrive.

Mon premier mouvement naturel serait de soupirer voire de m’énerver en me disant que je suis nulle et que je n’y arrive jamais ou que j’en ai marre. Mais j’ai remarqué que si à ce moment j’arrive à respirer en me disant à moi-même que cette situation me frustre je réagis déjà différemment. Je ressens de la frustration et je la nomme. C’est moi qui la définis et pas elle qui s’empare de moi.

Et une fois que j’en suis là. Je peux décider de la maîtriser en me disant que ce n’est que de la frustration et que c’est important de réessayer. Il peut s’agir d’un dessin ou d’un équilibre, ou de Jasmin qui ne veut pas mettre ses chaussures et qui continue de jouer comme si je n’avais rien dit.

Ça marche avec toutes les émotions. La jalousie, la colère, la peur, etc. Le fait de nommer les émotions les définit. Elles existent, elles sont là, mais elles sont circonscrites. Elles ne se diffusent plus en moi et ne commandent plus mes actions. Je peux me dire que telle chose m’a fait ressentir de la jalousie et accepter cette émotion, même négative, parce qu’elle fait partie de ma vie. Mais ce qui compte pour moi c’est qu’elle ne régisse pas mes actions.

C’est quelque chose que je fais souvent et je me sens beaucoup moins frustrée depuis. C’est vraiment mon émotion nocive, j’imagine qu’on a chacun la sienne. Finalement, en m’autorisant à ressentir cette émotion pleinement je lui accorde beaucoup moins de place que si je faisais comme si de rien n’était puisqu’elle ne se diffuse pas et que je limite ses répercussions.

Et ça me permet aussi de développer des moyens de ne pas être rongée. Je souffle (plutôt que de soupirer), je me dis que je suis frustrée parce que je n’y arrive pas et je me concentre à nouveau.

Ça ne veut pas dire que j’y arrive mieux tout de suite ni jamais, ça veut juste dire que je recommence de façon sereine. Ça me permet de repartir avec une énergie positive.

4 Comments

  1. Sophie Racapé

    Alors là bravo, je suis à fond là-dedans et je sais que tu as complètement raison ; maintenant il faut y parvenir mais la clé est là…une sorte d’acceptation pour avancer

  2. Béapic

    J’avais lu ce post si bien illustré il y a déjà deux semaines et je savais que j’y reviendrai.
    Je n’avais jamais envisagé les choses ainsi : un entraînement de l’esprit comme un exercice corporel qui lui aussi fait travailler l’esprit. Je vais le méditer encore et le mettre en pratique.

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